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11 - Mon accouchement

 

Un gynécologue entre dans la salle et nous annonce quelque chose de très surprenant. On nous dit que l'accouchement par voie basse est possible, qu'ils l'envisagent. Ça nous surprend, parce que c'est un discours très different de ce qu'on a pu entendre auparavant. Ne sachant pas trop quoi dire, on leur fait confiance. Ils sont médecins, s'ils disent que c'est possible, c'est que ça doit l'être. On accepte.

 

Le lendemain, le dimanche 25 mars, les contractions deviennent un peu plus douloureuses. On vérifie mon col, il est toujours ouvert à 2. Le travail va visiblement être long, je dis a Jérémy de rentrer à la maison se reposer, et que je l'appelle si les choses évoluent (la maternité était proche de la maison).

 

 

 

La journée se passe, les douleurs s'intensifient énormément, je m'enferme dans une bulle pour les supporter, je tente des techniques de respiration, certaines positions, penser à autre chose, rien n'a d'effet. Elles arrivent par vague, comme des coups de poignards dans le bas du dos. La douleur est indescriptible, visiblement je la gère plutôt bien car les sages-femme sous-estiment énormément ma souffrance, elles doutent du fait que ça puisse être des contractions de travail. Vu de l'extérieur elles me voient simplement faire la grimace, ça a l'air d'aller. A l'intérieur je lutte, les sage-femme quittent la chambre et me demandent de les rappeler si les contractions deviennent plus fortes, honnêtement je ne peux pas imaginer qu'elles puissent devenir plus fortes. La douleur est la pire que j'ai connu de toute ma vie, quand j'ai une contraction je n'entend plus rien, je ne vois plus rien, je suis comme suspendue dans le temps à essayer d'encaisser le coup.

 

Il est minuit, j'arrête de regarder mon téléphone, j'arrête de compter les minutes, je m'enferme dans la douleur pour mieux la supporter, j'anticipe, je gère ça comme je peux. Quelques minutes après, je prend mon téléphone, nous sommes lundi et il est 9 heures du matin. Je ne me suis pas rendu compter du temps qui est passé, il semblait suspendu. Je décide de bipper les sage-femme, car ça commence à faire très longtemps.

 

Une sage-femme entre, me demande d'estimer ma douleur sur une échelle de 1 à 10, j'annonce 9. Elle me regarde subir une contraction, et me dit précisément ces mots "je ne pense pas que la situation ait évolué, vous ne faites pas assez la grimace pour qu'il s'agisse de vraies contractions" j'insiste, je lui demande de vérifier, elle me tient tête, mais je ne lâche pas. Elle finit par me dire "je vais quand même regarder, pour vous rassurer et vous montrer que nous n'en sommes qu'au début".

 

Elle m'ausculte et annonce de but en blanc "vous êtes dilatée à 6, on vous emmène en salle de travail."

 

A ce moment la je pense que toute la pression qui pesait sur mes épaules depuis le début de ma grossesse retombe en une seconde. C'est la ligne d'arrivée, enfin, c'est maintenant. C'est maintenant que notre vie va changer pour toujours, c'est la, tout de suite, on a réussi, on l'a fait. Je fond en larme, mélangée entre joie et peur, j'appelle Jérémy, entre 2 sanglots je bafouille "ils m'emmènent en salle de travail". Il me répond juste qu'il arrive.

 

On m'installe sur la table, on me propose la péridurale, je dit que ça va, pour l'instant je gère cette douleur. On me répond que ça ne sera peut-être pas le cas plus tard, que si la douleur vient à me paralyser et à ralentir le travail, ça mettrait en péril le bébé.

 

A ce moment la je pense "pourquoi avoir choisi un accouchement par voie basse alors ? la césarienne n'aurait-elle pas pu éviter ces fameux risques?" on insiste pour une péridurale, on me fait peur, on me parle de risques pour le bébé, en bref ; on me prend par les sentiments. Je finis par accepter, après tout, s'ils disent que c'est nécessaire..

 

Il est midi. On fait sortir Jérémy, on me fait faire le dos rond, une aide-soignante adorable colle son front au mien, me dit que ça va aller, je sens l'aiguille traverser mon dos, mais la douleur est très légère et très brève. Je m'allonge à nouveau, Jérémy peut entrer dans la pièce. En quelques secondes la douleur des contractions disparait, puis assez rapidement je sens mes jambes et mon bassin s'engourdir. Quelques minutes après, je ne sens plus rien sous la poitrine, je ne peux plus bouger mon bassin ni mes jambes.

 

Je demande si c'est normal, on me répond que c'est étonnant, mais que ça n'est pas alarmant. Une gynécologue vient m'ausculter, me demande d'écarter les jambes, je lui répond que j'en suis absolument incapable, je vois qu'elle ne me croit pas, je lui dis que je ne peux plus bouger depuis plusieurs minutes déjà, que je n'y peux rien. Quelques minutes après, je me met à vomir. On me dit que c'est fréquent juste après la pose de la péridurale, sauf que ça ne s'arrêtera jamais. L'après-midi se passe, je vomis toutes les 10 minutes, les aide-soignants font des aller retour pour m'amener des haricots en carton dans lesquels vomir. C'est de pire en pire, et le travail n'avance plus depuis la pose de la péridurale.

 

Au monitoring, on voit bien que le bébé supporte très bien les contractions, son coeur est régulier et bat calmement, c'est une bonne nouvelle. Je demande à une sage-femme quelle est la prochaine étape, elle me dit que rien ne presse, que le bébé va très bien, alors que nous attendons tout doucement qu'il descende et que le col s'ouvre, que nous ne sommes pas du tout dans l'urgence. 

 

 

Il est 21 heures, les équipes tournent. Je dis au revoir aux personnes qui se sont occupé (avec la plus grande gentillesse) de moi. Un nouveau gynécologue arrive, il prend mon dossier, me pose quelques questions, puis il annonce froidement "on vous prépare pour une césarienne d'urgence" je demande si Jérémy pourra y assister on me répond sur un ton très froid "ah non, pas du tout"

 

La je réalise que si la césarienne avait été programmée dès le départ (comme le préconisait l'autre hôpital) Jérémy serait avec moi, je commence a ressentir beaucoup de rancoeur, et d'agacement. Encore une fois, je pense en priorité à la santé du bébé alors j'accepte, même si nous sommes tous les deux très déçus. Je demande si la situation de mon bébé a évolué, on me répond "non, il va très bien" et la je me demande alors pourquoi on n'attend pas encore un peu ? La situation nécessite-t-elle vraiment d'agir ainsi ? Y-a-t'il réellement une "urgence" ? Ou sagit-il juste d'un point de vu different entre le gynécologue de jour et celui de nuit ? D'une envie de "régler ça" rapidement pour passer à la patiente suivante ?

 

Je n'ai jamais été opérée, alors je commence à angoisser un peu. Tout se passe très rapidement, en l'espace d'une minute je suis allongée sur le brancard qui m'emmène au bloc opératoire. Juste devant les portes je dis au revoir à Jérémy, je l'embrasse. La sage-femme lui dit "allez, vous la retrouvez dans 30 minutes" tout va beaucoup trop vite, je n'ai pas le temps de réaliser. Pourquoi se presser autant alors que tout le monde va bien ?

 

J'entre au bloc, et la c'est un radical changement d'ambiance. Il y fait très froid (c'est normal pour un bloc opératoire, mais à ce moment je ne peux pas le deviner). On m'annonce que ma péridurale étant très fortement dosée il n'est pas nécessaire de procéder à une anesthésie supplémentaire, on fait un rapide test en me pinçant le ventre, en effet, je ne sens absolument rien. Il y a au moins 3 personnes autours de moi, et l'anesthésiste assis juste à coté de moi. Je pose plusieurs question, sans doute idiotes, du genre "ça va durer longtemps?" ou "est-ce que ça va faire mal?" ça n'a pas vraiment de sens, je pense qu'il s'agit juste d'un besoin viscéral d'être rassurée, à ce moment la j'aurai juste aimé une main dans la mienne qui me dise "ça va aller, tout ira bien" mais rien de ça ne se produit. Personne ne répond à mes questions, je les vois s'équiper, ils plaisantent entre eux, j'en entend même un parler du trafic routier qu'il a eu pour venir travailler. Je me sens comme un morceau de viande, je continue à parler, à m'interroger, ils m'ignorent. J'ai l'impression de devenir invisible, j'ai l'impression d'être la sans être la. Pourquoi est-ce qu'ils ne me rassurent pas ? Je suis un être humain. Je me tourne vers l'anesthésiste et lui dit "j'ai vomis toute la journée, j'ai encore envie de vomir, ce n'est pas grave si je vomis durant l'opération?" il répond froidement "non."

 

Je sens un premier coup de scalpel, je ne ressent aucune douleur, je sens simplement mon ventre bouger. Une grosse nausée arrive, je le dis à l'anesthésiste, il ne me répond pas. Je dis "je vais vomir" et c'est ce qui se produit. Comme je suis allongée sans pouvoir me relever et vomir normalement, je commence à étouffer, j'ai la sensation de me noyer, je n'arrive plus à respirer, je panique, pendant quelques secondes je pense que je vais mourrir, je le dis à l'anesthesiste comme je peux, même si ma voix est étouffée, "je vomis, j'étouffe" il soupire et me répond "allez ça va, je vous donne de l'air, allez" il pose un masque sur mon visage, et tout s'éteint en quelques secondes.

 

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Commentaires: 5
  • #1

    Daniel (vendredi, 22 février 2019 21:45)

    Tu as eu beaucoup de courage, hâte de lire la suite

  • #2

    Stéphanie k.v.t. (vendredi, 22 février 2019 22:16)

    C’est impressionnant !!! Tu as eu un énorme courage...même si je trouve que le personnel médical vous a gâché un des plus beaux jours de votre vie!!! J’ai mis un post justement l’autre jour sur wemoms sur ma césarienne...j’avais l’impression que les sages femmes présentes en avaient rien à faire de ce que je pouvais ressentir...mes interrogations...mes craintes...oui pour elle une césarienne c’est banal mais pour nous non...
    Heureusement tu as le plus beau cadeau aujourd’hui mais tu as dû vivre des moments très compliqués...

  • #3

    Aline.diabolodiabolo (vendredi, 22 février 2019 22:46)

    Le personnel médical peut être vraiment odieux... Pour mon accouchement je suis tombée sur une des pires gynécos qu'on puisse avoir (j'ai mis beaucoup de temps à encaisser mon accouchement et ce qu'il m'a fait subir..) !
    J'ai hâte de lire la suite!
    Bravo pour la prose �

  • #4

    Lucile (samedi, 23 février 2019 09:55)

    Je t'ai demandé ton blog sur wemoms et je suis vraiment ému en lisant ton recit.
    Vous avez vraiment eu du courage. Hâte de lire la suite

  • #5

    Natacha (samedi, 23 février 2019 11:31)

    Quel courage de ta part.
    Ça me révolte de lire des accouchement pareil, ce manque de prise en compte de l'individu... Le personnel médical oublie qu'il a affaire à une vraie personne et pas un bout de viande comme tu le dis.
    En tout cas tes mots/maux résonnent et font comprendre qu'avoir un bébé est une aventure parfois difficile mais quand je vois tes photos sur Insta on voit aussi le bonheur maintenant et la belle famille que vous êtes alors merci de nous montrer que le plus important c'est ce bonheur et qu'il est important de s'y accrocher.