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9 - Mon séjour à Marseille, 2ème partie

 

Les jours passent, les contractions restent les mêmes, elles sont régulières et indolores. Certains moment j'en ai toutes les 5 minutes, j'appelle les sage-femme qui viennent sans rien pouvoir faire. "On vous donne déjà tous les médicaments pour arrêter ces contractions et ça ne fonctionne pas Madame Reyre, on ne peut rien faire de plus qu'attendre et essayer de se détendre, si le bébé décide d'arriver on ne peut pas l'en empêcher". Je suis à 27 semaines, c'est trop tôt, mais si le bébé décide d'arriver il aura une toute petite chance, je m'y accroche, du plus fort que je peux.

 

Les contractions sont plus rapprochées le soir, c'est aussi la période ou j'angoisse et ou je me sens le plus seule, les sage-femme pensent que c'est lié. Alors elles viennent, s'assoient avec moi, me donnent une tisane, essaient de me faire penser à autre chose, à me détendre, m'aident à respirer le plus sereinement possible. Et puis un soir une sage-femme un peu plus jeune que les autres me voit sur mon ordinateur (je regardais une énième série) et me donne un conseil.

 

Elle me parle des vidéos d'ASMR, me dit que c'est une technique de relaxation et d'endormissement qui peut s'avérer très efficace, qui m'occupera l'esprit et m'aidera probablement à me détendre. Je ne vais pas parler de l'ASMR dans cet article (j'en ferai probablement un dédié) mais pour résumer, il s'agit de vidéo ou on enregistre des sons (des doigts qui tapotent sur un objet, un papier que l'on froisse, quelqu'un qui écrit) et on les écoute d'une façon très amplifiée, l'esprit se fixe la dessus et ça aide à s'endormir, ça donne des petits frissons dans le crâne et dans la nuque (la sensation d'une chair de poule) et ça détend tout le corps. Il y a ceux qui y sont sensibles, et ceux qui n'y réagissent pas du tout. Ces derniers détestent souvent l'ASMR car c'est un bruit qui les dérange, et c'est normal, ils n'y sont simplement pas réceptifs et ne peuvent pas comprendre l'aide que ça peut apporter à ceux qui le sont.

 

Quoi qu'il en soit, ces vidéos m'ont beaucoup aidé à trouver le sommeil, à me relâcher, à moins angoisser et on a vu de réelles améliorations sur les contractions le soir ! J'en avais toujours, mais plus espacées.  Je m'endormais apaisée, parfois même sans pleurer.

 

Le 20 février 2018, on atteint les 27 semaines.

 

 

Je suis désormais en chambre triple avec deux mamans qui ont des problèmes similaires au mien. On s'entend tout de suite bien, on se soutient, on discute tard le soir, on rigole ensemble quand nos plateaux repas arrivent, on s'épaule, et ça fait vraiment du bien. Je ,n'ai toujours pas le droit de sortir de ma chambre, on continue les échographies régulières. J'attend le week-end que Jérémy arrive, il me manque tellement, vivre sans lui est une épreuve de chaque jour.

 

On atteint enfin les 28 semaines, un cap important, celui à partir du quel on sort de la très grande prématurité (aussi appelée prématurité extreme) pour entrer dans la grande prématurité. C'était notre deuxième cap, on espérait l'atteindre sans vraiment y croire, c'est beaucoup de joie et de soulagement, que peu de personne semblent comprendre.Pour tout le monde ce serait grave d'accoucher à 28 semaines, pour nous c'est déjà un miracle d'être arrivé jusqu'ici.

 

 

Le 27 février c'est la date de ma sortie. Je dois passer une dernière échographie de col, si sa longueur reste identique à ce qu'il était ces dernières semaines je peux rentrer, il n'y a pas de raison que ça change. Jérémy pose sa journée pour venir me chercher, il est fou de joie. Je saute de partout tant je suis heureuse, je fait ma valise, je vais enfin rentrer chez moi, auprès de lui, c'est fini la solitude et les nuits blanches à pleurer. Bien sur je devrai rester alitée, mais je serai auprès de ceux que j'aime, et ça change tout !

 

On vient me chercher en fauteuil pour m'emmener à l'échographie, je suis en route dans le couloir quand Jérémy arrive, je lui dit de m'attendre dans la chambre, que je reviens tout de suite. Je m'installe dans la pièce, je vois que le gynécologue n'est pas celui qui s'occupe de moi habituellement. Après m'être installée il prend la mesure, j'ai une contraction, je lui indique , car la mesure doit être prise "col au repos" ça signifie sans contraction. Il me répond "d'accord" mais inscrit tout de même la mesure qu'il a prise durant la contraction. Je lui explique que s'il note celle la je ne pourrais pas sortir car la personne en charge de mon dossier va croire que mon col a raccourci alors que j'ai juste eu une contraction, il ne me répond pas, je rentre dans ma chambre.

 

5 minutes après l'équipe arrive, assez pressée (le service "grossesse à risque" est plein ce jour-la) on m'annonce très rapidement que mon col est très court, que je dois rester ici. J'essaie d'expliquer comment s'est passé l'échographie, elles n'ont pas le temps, elles sortent déjà en s'excusant. 

 

Dès que la porte se ferme, Jérémy me dit "allez, ça sera pour la prochaine fois" et moi je m'effondre, c'est la fois de trop, je n'en peux plus, je n'y arrive plus, je ne peux plus tenir loin de lui, loin de chez moi, seule entre ces 4 murs, j'ai l'impression de devenir folle. C'est le deuxième moment le plus dur après cette fameuse soirée aux urgences, je ne m'y attendais pas, je tombe de très haut et j'ai du mal à m'en remettre.

 

Une semaine passe, une des plus longue et pénible qui soit, et le 3 mars 2018, après une mesure prise correctement, on m'accorde le droit de rentrer chez nous. Quelle délivrance, je n'ose pas y croire, d'ailleurs je n'y crois pas réellement. Je fais mes bagages sans conviction. J'attend le moment ou quelque chose arrivera encore, j'attend de voir entrer quelqu'un dans ma chambre pour m'annoncer que ma sortie est annulée. Puis ma belle-mère arrive à midi (Jérémy n'ayant pas pu se libérer), prend les affaires, et nous sommes partis. Je dis au revoir aux amies que je me suis faite, je sais que notre amitié ne s'arrêtera pas la, nous gardons contact. 

 

Nous traversons le couloir, prenons l'ascenseur, arrivons dans le hall principal et après quelques pas, je franchis enfin la porte qui mène sur l'extérieur. Je pense que je me souviendrai toute ma vie de ce moment, je ne suis pas assez couverte, en pyjama avec un gilet fin, je sent immédiatement le froid me saisir, et moi qui le déteste, je ressent une vague de soulagement, je pleure tout de suite, de joie. Cette sensation de vent, de froid, d'air nouveau, est une des plus douces sensations que je n'ai jamais ressenti, je suis enfin dehors, je rentre à la maison.

 

 

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Commentaires: 4
  • #1

    Mélanie Tomas Boyer (mardi, 29 janvier 2019 22:00)

    Enfin la suite de ton récit si touchant ❤️ ton histoire est passionnante d'autant plus qu'aujourd'hui ton petit viking est en pleine forme �

  • #2

    Sarah (mardi, 29 janvier 2019 23:03)

    Ton histoire est un véritable espoir pour les mamans en Map .

  • #3

    Gaëlle (mercredi, 30 janvier 2019 10:59)

    Toujours un plaisir de te lire, ton histoire est vraiment touchante et prenante. Vous vous êtes battus tant bien que mal mais aujourd'hui vous êtes là réunis tous les trois.

  • #4

    Jenniwemoms (mercredi, 30 janvier 2019 11:22)

    Quelle histoire j en suis bouche bee depuis le 1er article .. hate de lire la suite. Tu es extrêmement courageuse et ton fils est magnifique tout comme vous 2 ❤