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7 - L'arrivée à Marseille

Le 30 janvier, j'ai rendez-vous à l'hôpital de Salon, pour une échographie de contrôle, pile une semaine après ma sortie d'hôpital. J'y vais plutôt sereine, le fait d'être à la maison m'a considérablement détendue, nous sommes à 25 semaines. Le trajet en voiture se passe bien, les contractions n'évoluent pas. Je m'installe en salle d'attente, et la je constate le retard de ma gynécologue, une heure environ. Après ce long moment, j'entre dans son cabinet, elle semble ravie de me revoir et de constater que ma grossesse évolue finalement. Je m'assois sur la table et soulève mon t-shirt, elle pose la sonde, et regarde, d'abord elle nous dit que notre bébé se développe considérablement bien, que c'est toujours un gros bébé, puis elle nous dit que le décollement a rétréci, c'est une excellente nouvelle. Elle me demande ou en sont les saignements, je lui indique que depuis une semaine ils sont bien moins abondants, ça ne l'étonne pas. Enfin des bonnes nouvelles ! C'est tellement réconfortant. Juste avant que nous ne sortions du cabinet elle me dit "je vais quand même vérifier votre col, pour être sure que vos contractions n'aient pas eu d'impact dessus" je me déshabille et elle m'ausculte. La, son visage change, elle m'annonce directement "le col est très très court, moins de 2cm, nous allons vous re-hospitaliser, mais vu votre terme vous allez aller directement à l'hôpital Nord de Marseille qui est de niveau 3, vous avez des affaires sur vous?" c'est le coup de massue. Un nouveau problème ? Encore quelque chose de different ? On se dit que décidément, nous ne serons jamais rassurés..

 

Selon elle, j'ai un risque d'accouchement imminent, le col mesure moins de 2cm de long, il est très court et peut donc s'ouvrir très rapidement. Elle m'explique que nous avons certes dépassé le terme des 25 semaines, mais qu'il serait très risqué d'accoucher aussi tôt. Les principaux risques du bébé sont respiratoires et cérébraux. On me propose une injection de corticoïdes, qui servirait d'accélérateur du développement pulmonaire de bébé, une deuxième injection sera faites 24h plus tard. La piqure se fait dans la cuisse, elle est très douloureuse, on m'avait prévenu donc je serre les dents. On m'installe ensuite sur un brancard, avec une perfusion de Spasfon, et on me charge dans une ambulance. J'ai à peine le temps d'embrasser Jérémy qui va nous suivre en voiture jusqu'à Marseille, de lui dire ou nous allons exactement pour qu'il nous suive, et nous sommes déjà partis, sur l'autoroute.

Sur la route l'ambulancière se veut rassurante, elle voit bien que je suis en larme, paniquée,  elle me dit "vous savez, mes nièces sont nées à 25 semaines, aujourd'hui elles ont 10 ans et vont très bien" bizarrement, rien ne me rassure, mais sa gentillesse et le fait qu'elle me tienne la main me font beaucoup de bien. J'envoie un message à ma mère, à mon frère et à ma meilleure amie pour leur donner des nouvelles, leur dire que je repart pour une hospitalisation,  ils me disent qu'ils viendront très bientôt me voir, ils le cachent mais je vois bien qu'ils sont inquiets, eux aussi en ont marre des mauvaises nouvelles.

 

Nous arrivons par les urgences obstétriques, c'est la procédure ici. L'ambulancière me dépose dans un box, me souhaite bon courage et s'en va, Jérémy arrive tout de suite. L'hôpital Nord de Marseille est une maternité de niveau 3, ici on s'occupe des plus grands prématurés, mais il y a également un service de "grossesse à risque" qui occupe tout un étage, à Salon-de-Provence j'étais simplement hospitalisée dans le service maternité, ici je vois bien que ça va être different. Les bébés qu'ils font naitre, les pathologies dont ils s'occupent ici, sont mille fois plus graves et impressionnantes que mon propre cas, c'est à la fois rassurant et effrayant, à Salon-de-Provence j'avais l'impression d'être le cas le plus grave qu'ils aient eu à traiter, une véritable rareté, ici, mon cas est beaucoup moins grave que la majorité des patientes, et les gynécologues, infirmières et aides-soignantes seront bien plus détendues avec moi, c'est très different.

 

J'arrive donc par les urgences, et je rencontre une gynécologue qui m'informe qu'ils préfèrent reprendre mon dossier à zéro, sans prendre en compte le dossier qui arrive depuis Salon-de-Provence, c'est leur procédure. On me fait donc toute une batterie d'examen, une échographie pelvienne, une échographie de col, un bilan sanguin, un bilan urinaire, un test pour vérifier que je n'ai pas fissuré, on me pose tout un tas de questions, on me demande toutes mes échographies, on me demande de retracer toute ma grossesse. On m'installe dans une chambre double en me disant que j'ai de la chance car ici il existe aussi des chambres triples. Jeremy installe mes affaires, on discute un peu (en chuchotant, car nous avons une autre patiente à moins d'un mètre) on essaie de se dire qu'on a tenu de 19 à 25 semaines, alors qu'on arrivera à tenir encore, on se rassure comme on peut, on se dit qu'on a atteint le cap de viabilité, qu'on s'est bien battu. Jérémy rentre ensuite à la maison, cette fois c'est encore plus difficile car Marseille étant à une heure de route de chez nous, il ne pourra venir que le week-end. Je le vois partir, c'est toujours plus dur à chaque fois, ici, loin des miens, c'est encore pire. Je n'ai pas d'intimité avec des mamans et leurs familles qui vont et qui viennent dans le lit d'à coté, je suis hospitalisée à nouveau alors que je pensais que je resterais chez moi jusqu'à mon accouchement. Quelque chose nous est encore tombé dessus, de different cette fois, on a l'impression qu'on ne sera jamais tranquille, qu'on a définitivement pas droit à une grossesse normale, aux joies de ce que cela représente pour la majorité des gens. On s'y fait, on va continuer à se battre pour ce petit bout.

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Commentaires: 8
  • #1

    Pauline (mardi, 28 août 2018 09:42)

    Je te le redis encore, tu as eu un courage énorme et tu es une vraie battante, un exemple !!!

  • #2

    Emilie de wemons (mardi, 28 août 2018 09:45)

    Coucou très bien écris et très jolie histoire j'ai hâte de pouvoir lire la suite

  • #3

    Maeliz (mardi, 28 août 2018 10:58)

    Je t’admire Vraiment tu es très courageuse dans ces épreuves si difficiles

  • #4

    Steph jul (mardi, 28 août 2018 11:09)

    Cc a chaque fois tu me mets les larmes aux yeux...c’est tellement bien écrit...ça me touche bcp...tu as du vivre des moments horribles...

  • #5

    Sarah (mardi, 28 août 2018 11:35)

    Tu as un courage hors norme !

  • #6

    Julia (mardi, 28 août 2018 12:39)

    Magnifiquement bien ecrit, c'est un regal pour les yeux et pour l'esprit. Merci de partager ça avec nous, tu es tres forte et courageuse, vraiment, c'est une belle histoire que tu as vecu. Heureuse que tout aille bien pour vous trois aujourd-hui, hate de lire la suite ! Bisous princesse.

  • #7

    Liloucnt (mardi, 28 août 2018 15:12)

    Je me rappelle le jour ou tu nous as annonce que tu avais ete hospitalise a nouveau... Et j'avais eu tellement mal pour toi. Relire tout ca de ton point de vue .... Tu as ete une vraie guerriere et Aaron aussi.

  • #8

    Princesiita (jeudi, 30 août 2018 20:39)

    Vous êtes des battants et surtout a voir l’ev De ton fils un vrai guerrièr tu peux être fière de lui et de toi car tu tiens occupe à merveille ���