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6 - L'hopital de Salon-de-Provence

Rapidement une routine se met en place, chaque matin on prend ma tension, on change ma perfusion de spasfon, et on me pose deux questions. La première : "est-ce que vous avez eu des contractions cette nuit?"  Evidemment que j'ai eu des contractions, j'en ai toujours, ça n'arrête jamais, je n'ose même plus le dire tant je vois leurs visages défaits, chaque matins, on me répond vaguement "ah, et bien c'est normal, on ne peut rien faire de plus que vous donner du Spasfon vous savez" je sais bien. A chaque contraction je ferme les yeux et je supplie dans ma tête "accroche-toi, reste au chaud, c'est trop tôt mon coeur".  La deuxième question "est-ce que vous avez saigné?" et la réponse est identique. Depuis que je suis entrée à l'hôpital le 29 décembre, les saignements n'ont jamais cessé. On m'a prévenu que si un jour le décollement se résorbait, les saignements changeraient d'aspects. J'attend désespérément ce changement, qui ne vient pas. C'est toujours identique, chaque matin, ça ne va jamais mieux.

 

Je chercher des cas similaires au mien sur internet, Facebook, des forums, à chaque fois je tombe sur des histoires qui finissent mal, très peu de conseils, très peu d'info. Je fini finalement par trouver une jeune femme que je contacterai sur Facebook pour lui poser des questions, elle s'appelle Orianna et elle m'aidera tout au long de ma grossesse, car elle a vécu la même chose que moi, elle m'a été d'un énorme soutien.

 

Chaque jour a son rôle. Chaque lundi et jeudi, on me fait une prise de sang. On est à l'affut de la moindre petite infection qui seraient susceptibles de provoquer d'avantage de contractions, alors on analyse mon sang deux fois par semaine. Chaque mardi et chaque vendredi, on me fait une échographie. On vérifie tout d'abord que bébé va bien, puis on regarde le décollement, on le mesure, on s'assure surtout qu'il ne progresse pas, et on espère le voir rétrécir. Il n'évolue pas, ni dans un sens, ni dans l'autre. Je le vois à chaque fois, je ne le cherche même plus sur l'écran, je le connais par coeur, sa forme, sa teinte si sombre, si effrayante.. Les mardi sont de "bonnes" journées, car chaque mardi nous sommes à une semaine d'aménorrhée suivante. Chaque mardi matin, Jérémy m'envoie un petit SMS qui me réconforte un peu "on est à 21 semaines aujourd'hui bébé ! tu te rends compte?" il est génial, motivant, courageux, jamais abattu, mon pilier au milieu de tout ça, une épaule indispensable.

 

En parlant de Jérémy, on a notre petite routine également, il vient chaque soir à 18:00 après le travail. Il a beaucoup à faire, il rentre du travail, se douche, nourrit notre chien et le fait sortir, travaille à la maison (qui est en travaux d'agrandissement) puis me rejoint, il reste avec moi jusqu'à 22/23h et rentre se coucher, pour se réveiller de nouveau à 06:00 le lendemain matin. Il ne connait plus rien d'autre que le travail et l'hôpital, il supporte mon humeur massacrante chaque soir, m'amène de petites choses à grignoter,  des magazines, sans prétention aucune : il est simplement parfait. Le week-end il dort ici, avec moi, dans un petit lit d'appoint collé au mien.

 

 Moi, seule dans ma chambre, je craque régulièrement, le mélange de la tristesse, des hormones et de l'enfermement est explosif, je me renferme un peu sur moi-même. On me rend toujours visite, mes amis géniaux, ma famille qui l'est tout autant, mais je ne suis pas d'agréable compagnie, je souris rarement, ou je fais semblant. Un jour Jérémy demande aux aides-soignantes si nous pouvons avoir un fauteuil roulant pour descendre boire un café à la cafétéria, changer un peu d'air, car je suis au bord de la crise de nerfs, elle va demander l'avis de la gynécologue, je souris déjà, et revient "je suis désolé, c'est trop dangereux" je m'effondre. Un café, ça peut paraître ridicule de pleurer pour un café, mais je ne suis pas sortie de ces couloirs depuis 5 semaines, je suis dans un état de colère et de tristesse difficilement descriptible.

 

Parfois, je vis de vraies montagnes russes émotionnelles, un interne qui mesure mal le décollement à l'écran et m'annonce, sans vérifier auprès d'un vrai médecin "votre décollement à diminué de 2 cm" j'en pleure presque de joie, puis la gynécologue passe après lui, prend de nouveau les mesures et s'excuse pour lui, en m'annonçant qu'il est identique. C'est tellement dur, tellement désespérant, d'y croire, et de sombrer à nouveau.

 

Chaque matin, je coche une journée de plus sur mon petit calendrier. Ce n'est rien une journée, mais c'est une journée de moins, un petit pas de plus vers la vie, un petit pas de plus loin de la mort. Chaque jour j'espère que la journée passera vite, je me force à dormir, mais les heures ne défilent pas, une journée a l'air d'une semaine, je meurt d'ennui, je pleure souvent de colère d'être enfermée ici alors que je devrai être en train de me balader avec mon gros ventre. Pour m'occuper, je rattrape des tas de series, je fais du shopping, les soldes pour bébé, je continue d'acheter des vêtements pour lui, je veux y croire, je termine notre liste de naissance, je fais des essais de faire-part de naissance, je ne cesserai jamais d'espérer, ça c'est une certitude. Je m'occupe en faisant des albums photos, je m'essaye à la peinture, tout est bon pour faire défiler le temps plus vite.

 

 Les semaines défilent, 20,21,22,23. Arrivé à la 24ème semaine d'aménorrhée on estime bébé à un bon poids, plus de 4kg à terme, si j'accouche prématurément ça l'aidera beaucoup visiblement. A la 24ème semaine, les saignements se mettent à changer d'aspects, le décollement lui est identique, mais à ce que je lis sur Internet, ça ne devrait pas tarder à évoluer favorablement, les nuages font enfin légèrement place au soleil. 

 

Je n'arrive plus à avaler leurs plats industriels, j'en ai trop mangé, je ne les supporte plus. Face à mon insistance, mes pleurs et ma baisse d'appétit, on me propose enfin de rentrer à la maison et de poursuivre le repos à domicile, les analyses, la surveillance et les monitorings par une sage-femme qui viendrait un jour sur deux à domicile. Bien évidemment, je devrai rester totalement alitée chez moi, mais je serai enfin chez moi, avec mon chien, dans ma maison, je dormirai chaque soir avec Jérémy, nous serons ensemble. Ce jour-la est enfin une belle journée, j'appelle Jérémy pour lui annoncer, c'est un véritable soulagement, je pleure au téléphone en lui annonçant. J'ai rendez-vous une semaine après pour une échographie de contrôle sur le décollement et le bébé.

 

Le 23 janvier, à 24 semaines d'aménorrhée je rentre enfin à la maison, en pyjama, Jérémy me porte pour monter les escaliers, il m'installe sur le canapé avec tous à proximité, je suis enfin chez moi, le soulagement est immense, indescriptible. On m'amène des petits plats au canapé, je ne peux rien faire et c'est difficile de voir Jérémy nettoyer et ranger seul, sans pouvoir l'aider, mais je ne vais pas me plaindre : je suis enfin rentrée. Je ne sais pas à ce moment la que ce sera de courte durée.

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Commentaires: 19
  • #1

    Julie (jeudi, 19 juillet 2018 08:58)

    Oh encore un magnifique texte, te lire est un véritable mélange de plaisir et d’émotions contradictoires tant tu as vécu l’enfer. Ta force et ton courage sont incroyables, tu as un homme formidable. J’ai hate de lire la suite :-)
    Merci pour ton blog

  • #2

    Lea (jeudi, 19 juillet 2018 09:02)

    Encore un très belle article � continue comme ca �
    PS: j'ai pu faire deux commandes lal alab avec ton code parrainage, contente de mes magnets �

  • #3

    Catarina (jeudi, 19 juillet 2018 09:07)

    C’est juste: Magnifique �

  • #4

    Sandy (jeudi, 19 juillet 2018 09:20)

    Honnêtement je te tire mon chapeau , tu es une vraie guerrière, et ton homme assure ,je n'ose même pas imaginer 5 semaine sans le miens a mes côté déjà 4 jours j'ai trouver que le temps s'arrêter mais alors toi je n'ose imaginer.
    Je suis admirative de la force et le courage que vous pouvez avoir et de la solidité de votre couple . Tu dit que tu n'est pas de bonne compagnie mais je pense que dans ton cas personne ne serais de bonne compagnie, je n'ose imaginé les état émotionnel par lequel tu as du passé, ce n'est pas simple d'être dans un endroit qui n'es pas notre chez nous avec aucun repère mise a part comme tu dit leurs chambre qui" pu le medical",mais rentré chez sois c'est comme reprendre une bouffer d'oxygène j'imagine.

  • #5

    Heloise (jeudi, 19 juillet 2018 09:21)

    Waouw trop beau c est vrai que je pouvais marcher et sortir de mon couloir et Ca c était une vrai bouffe d air pour moi je pouvais marche un peu tout les jours tu as eu un courage incroyable !

  • #6

    Liloucnt (jeudi, 19 juillet 2018 09:40)

    J'ai suivi tout cela sur wemons. Et le relire ici me fout encore des frissons. Tu es une batante, ton petit bout et ton homme aussi.
    Aujourd'hui que de chemin parcouru et j'en suis tellement heureuse pour vous

  • #7

    Marion (jeudi, 19 juillet 2018 09:43)

    Toujours aussi beau se que tu écris. Mais tellement dur. Comme à ton habitude tu m'as mis les larmes au yeux

  • #8

    Laura (jeudi, 19 juillet 2018 09:48)

    Que d'émotion de te lire à chaque fois. Ta plume est belle et tellement simple à la fois. Tu te livre sans tabou. Je suis très toucher.
    Vous avait été fort ensemble et c'est si beau cet amour si pur. De vrai champions ne pouvez faire qu'un petit guerrier

  • #9

    Maëva (jeudi, 19 juillet 2018 10:21)

    Que d'émotions dans tes textes, vous avez été très courageux �

  • #10

    Pauline (jeudi, 19 juillet 2018 10:38)

    Je redécouvre à chaque fois ton histoire avec autant de plaisir, d'émotions et d'espoirs ❤

  • #11

    Aleksanne (jeudi, 19 juillet 2018 10:59)

    J'adore énormément te lire. Continue comme ça J'aime beaucoup �

  • #12

    Gaïou (WeMoms et insta mummy-k971 (jeudi, 19 juillet 2018 19:07)

    J'ai tellement adorer te lire. Ton aventure ma tellement toucher je suis totalement émerveillée par ton courage et ta rage de vaincre toute cette épreuve. Je n'ai pas de mots mais je suis fascinée par tes textes tellement touchant.

  • #13

    Princesiita (jeudi, 19 juillet 2018 22:57)

    Très jolie ❤️ Tu es une battante ��

  • #14

    Alexia (vendredi, 20 juillet 2018 14:44)

    Encore un super texte qu'elle histoire!! Vous êtes courageux. J'ai hâte de lire la suite...

  • #15

    lea (vendredi, 20 juillet 2018 17:11)

    quel courage je t admire beaucoup tu est tellement forte.

  • #16

    Julie (we moms, julucie) (vendredi, 20 juillet 2018 22:28)

    Je tes suivie et je te suit encore sur we mom. Mais quel parcours, qu'elle belle écriture, tellement émouvant. Je te tire mon plus grand chapeau! Tu es une femme et maman extraordinaire, Jeremy un homme et un papa adorable et fantastique! Que dieu vous protège! Vous 3 �

  • #17

    Liibellule (lundi, 23 juillet 2018 08:58)

    Je suis sans voix ... ta force et ton courage sont incroyable tant cette grossesse a ete une epreuvre pour toi ...
    Ton homme est simplement extraordinaire, il m'a l'air d'avoir gérer bcp de choses en ton absence, tout en continuant à rapporter cette force de te battre.

    Je te tire mon chapeau, j'ai eu une grossesse difficile, avec bcp de repos et de séjours à l'hôpital, mais je pouvais me déplacer ... je pense que je serais devenue folle si j'avais du passer autant de temps loin de mon homme et ma fille

  • #18

    Maman Pautame (lundi, 23 juillet 2018 13:04)

    Tu écris vraiment bien ! Je trouve le recis de ton histoire magnifique (pas de le sens ou ce que tu as vécu est beau, non bien au contraire. Mais dans le sens où tu arrives à faire ressentir l’emotion par ton écriture).

  • #19

    Maëliz (lundi, 23 juillet 2018 15:31)

    J’adore te lire. Tout ça n’a pas été facile mais je trouve ta force fascinante � tu es très forte, courageuse et optimiste j’aodre �