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Être enceinte en même temps que sa meilleure amie

Je devrais peut-être d'abord vous parler d'Orlane, ma meilleure amie. Nous nous sommes rencontrées à l'école primaire, en CE1 précisément, elle venait de déménager et était la petite nouvelle de l'école. Elle était toute petite, comme moi, peut-être que c'est ça qui nous a mené l'une vers l'autre ? Quoi qu'il en soit, on est tout de suite devenues inséparables, nos parents sont vite devenus amis car nous passions tout notre temps l'une chez l'autre. Après l'école on se rejoignait à tour de rôle chez elle, ou chez moi, pour faire nos devoirs. Le week-end, on allait dormir chez l'une ou chez l'autre. Nous partions en vacances ensemble.

Nous avons grandit, nous sommes arrivées au collège (nos mamans avaient fait une lettre pour que nous soyons dans la même classe) rien n'a changé durant ces 4 années, puis nous avons choisi 2 lycées différents, mais dans la même ville, et elle a déménagé juste à coté de chez moi ! Nous pouvions aller l'une chez l'autre en marchant quelques dizaines de mètres, c'était génial. Nous avons eu notre bac ensemble, nous sommes allé voir les résultats ensemble, comme dans les films, et à 0,1 près nous avons eu la même note, alors que nous ne passions pas le même bac ! Ensuite, nos chemins se sont séparés mais physiquement seulement, elle a rencontré Vincent, qui devenait gendarme, et ils ont donc été contraints de déménager à 3 heures d'ici ;  ça n'a absolument rien changé entre nous. Depuis l'enfance, nous nous étions promis d'être témoins au mariage de l'autre, et marraines de nos enfants. Nous savions que cette amitié durerait pour toute la vie, ça n'a jamais fait le moindre doute. Nous avons grandit, toujours aussi proche.

Etre enceinte en même temps que sa meilleure amie : que cela soit prévu ou non, on pourrait croire que c'est synonyme de joie intense et de beaux moments, pour moi ça a plutôt rimé avec culpabilité et déception, je vous raconte pourquoi.

 

Le 15 mai 2017, ma meilleure amie m'annonce qu'elle est enceinte. Je savais que cela arriverait, elle et son compagnon avait commencé les essais bébé il y a peu, mais même si je m'y attendais, je n'aurai jamais pu me préparer à cette vague d'émotion. J'étais si fière, si heureuse pour elle, je savais que je serai la marraine, car c'était une promesse que nous nous étions faites enfants. J'allais devenir marraine, de ce petit amour, que je n'avais pas encore vu mais que j'aimais déjà tellement fort. Ça m'a rendu littéralement folle de joie.

 

 

Moi je venais d'entrer dans ma boite, et je voulais attendre environ une année avant de tomber enceinte, nous en avions parlé toutes les deux. Les mois ont passé, je voyais grandir ma filleule à travers les échographies, je l'aimais déjà tellement.. Et je me suis surprise à penser "et puis, pourquoi attendre?" c'est vrai, nous pouvions avoir cet enfant, alors pourquoi attendre d'avantage ? 

 

En Aout, nous avons décidé d'avoir un enfant, nous pensions que cela mettrait environ 6 mois à fonctionner, comme c'était le cas pour beaucoup de personne que je connaissais, sauf que ce que je n'avais pas prévu, c'est de tomber enceinte immédiatement, au bout de 10 jours environ. Et ce que j'avais encore moins prévu, c'est que ma grossesse prendrait ce tournant si compliqué ..

 

En Septembre, je lui ai annoncé ma grossesse : elle serait marraine 4 mois après avoir été maman. Sa fille était prévu pour le 30 janvier, et mon fils pour le 29 mai. Elle était folle de joie, nous allions devenir maman la même année, nous ferions du shopping ensemble en préparant leurs arrivées, bref, le rêve ! En décembre, quand ma grossesse a commencé à se compliquer, j'ai tout de suite beaucoup culpabilisé, j'oubliais parfois de prendre des nouvelles, noyée sous mes propres examens et échographies en tout genre, je mourrais d'envie d'aller pouvoir faire les boutiques avec elle, comme nous en avions rêvé, et j'étais la, coincée dans cette chambre d'hôpital. 

 

Puis ma grossesse a avancé, et j'ai soudain réalisé une chose ; je ne pourrai pas venir la voir à la maternité quand elle accoucherait, elle habite à environ 3 heures de chez moi, et même si je sortais enfin de l'hôpital, la route m'étais interdite. Ce fut le coup de grâce.. J'avais imaginé cet instant pendant des années, moi, les bras chargés de cadeau et de fleurs, entrant dans sa chambre en criant. Je l'aurai couverte de cadeau, de ballons, de tout ce qu'elle n'avait pas pu manger pendant ces 9 mois, j'aurai pleuré en voyant ma filleule pour la première fois, dans ce si petit lit, ce moment aurait été le sien, rien qu'à elle, et ça aurait été incroyable.

 

Je devais faire une croix sur tout ça désormais, les choses ne seraient pas comme nous l'avions prévu. Je sais qu'elle s'est énormément inquiété pour moi, même si elle faisait tout pour ne pas me transmettre son stress, je le sentais, je savais qu'elle avait peur, elle m'avait ramassé à la petite cuillère quand j'avais perdu mon papa, je pense qu'elle avait peur de me voir sombrer à nouveau, je pense qu'elle avait aussi peur de ne jamais connaitre son filleule.

 

Je culpabilisais tellement, avant même que ma filleule soit née, j'étais déjà une marraine si peu présente.. Puis elle est venue au monde, le 4 février 2018, après un long travail compliqué, ou nous échangions des SMS chaque minute, jusqu'à ce qu'elle ne me réponde plus et que ce soit Vincent, son compagnon, qui m'annonce la naissance de Lou, par césarienne. J'ai été submergée par une vague de bonheur, je n'ai pas de mots assez fort pour décrire ça, ma filleule était née, elle était la, enfin, c'était la suite logique de notre amitié, celle qui allait définitivement faire de nous une famille, nous unir à jamais. Et très rapidement, j'ai été immensément triste, quand allais-je pouvoir la rencontrer enfin ? J'étais coincée à l'hôpital, j'avais des photos d'elle, plusieurs par jour, mais c'était si dur, je rêvais de pouvoir la prendre dans mes bras, la serrer contre moi, lui chuchoter à l'oreille que je la protégerai toute ma vie, que je ne laisserai jamais personne lui faire de mal. Elle était si belle, une vraie poupée.. J'avais l'impression d'avoir deja échoué dans mon rôle de marraine. J'aurai du savoir que parfois une grossesse ne se déroule pas comme prévu, j'aurai du remettre ce projet de bébé à plus tard, à après sa naissance du moins, pour être sur de pouvoir assurer à 100%. Je m'en voulais tellement.

 

J'ai enfin rencontré Lou le 7 mai, nous étions rentré le 3 de néonatalogie et elle rencontrait également Aaron pour la première fois ce jour-la, comme quoi, la boucle était bouclée. Nous avions toujours tout fait en même temps, ensemble, peut-être que nous étions destinées à rencontrer nos enfants et filleul(e)s le même jour.

Ce fut un bonheur immense, indescriptible, ma filleule est tout simplement une vraie merveille, je suis si fière d'être sa marraine, je lui apprendrai à ne jamais dépendre de personne, à toujours s'aimer, à ne jamais se comparer aux autres, je sais très qu'elle deviendra une très belle jeune femme indépendante et incroyablement intelligente, comme sa mère.

 

Orlane, si tu passe par la (et je sais que ce sera le cas) tu es la soeur que je n'ai pas eu, tu m'a fait le plus beau cadeau du monde en m'accordant l'honneur d'être sa marraine, je te promet d'être la pour elle toute ma vie, de rattraper ces premiers instants que j'ai raté, et de n'être jamais loin quand elle aura besoin de moi, comme je le serai toujours pour toi, à toute épreuve. Et je vous aime, tellement tellement fort. 

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Commentaires: 10
  • #1

    Jade (vendredi, 27 juillet 2018 14:34)

    Wahou �

  • #2

    Mimouna (vendredi, 27 juillet 2018 14:35)

    Continue c'est juste Magnifique ���.

  • #3

    Emilie de wemons (vendredi, 27 juillet 2018 14:57)

    Magnifique histoire

  • #4

    Heloise (vendredi, 27 juillet 2018 15:08)

    C est bouleversant ! Quelle jolie amitié !

  • #5

    Laurélia (vendredi, 27 juillet 2018 15:12)

    Nous disons souvent que les amis sont là famille que nous avons choisit.... Tu a résumé cette phrase dans cet article très émouvant car j'en ai versé ma larme. Il ne suffit pas d'avoir une centaine d'amis autour de nous parfois une personne rends notre vie, notre quotidien si beau même dans les moments difficiles.

  • #6

    Sandy (vendredi, 27 juillet 2018 15:18)

    Très beau texte remplis d'amour . Elle peut être fier d'avoir une amie comme toi

  • #7

    Princesiita (vendredi, 27 juillet 2018 16:34)

    Magnifique �❤️. Moi j’ai perdu ma meilleure amie quand nous allions rentrer en CM2 et j’ai eu du mal en mens remettre et c’était le début de ton histoire nous nous étions tout promis mes le destin la voulu ainsi.. elle est graver en moi à jamais tatouer depuis que j’ak R’eco trer Le père de mon fils j’ai réussi à plus faire face mes cela a était long je pense au date clés et bientôt le 23 août 17 ans qu’elle est partie �. Enfin voilà j’adore lire tes histoires bonne continuation �❤️

  • #8

    Oriane (vendredi, 27 juillet 2018 18:00)

    J'en ai les larmes aux yeux...

  • #9

    Stéphanie (samedi, 28 juillet 2018 18:44)

    Tu m’as fait pleurée...

  • #10

    Laure (mardi, 28 août 2018 15:05)

    Très belle histoire, que votre amitié perdure encore et encore et qui sait peut-être que vos loulous seront meilleurs amis eux aussi �
    J'adore te lire !
    Merci de nous partager ton expérience, tu es une femme forte !