· 

5 - Les premiers jours à l'hôpital

Le 29 décembre, mon hospitalisation démarre. Le lendemain, je suis remontée à bloc, j'ai décidé de me battre pour ce petit être qui n'a rien demandé, qui n'est pas responsable de ce qu'il se passe, qui veut juste venir au monde comme tous les bébés. La journée se passe assez facilement, à 07:00 on vient me prendre la tension, on me fait un bilan sanguin, on m'installe une perfusion de Spasfon pour calmer les quelques contractions que j'ai, elles ne sont pas très fortes, mais on doit tout de même les éviter au maximum pour ne prendre aucun risque. On m'indique qu'on m'emmènera passer une échographie deux fois par semaine, pour voir si le décollement placentaire se résorbe (en réalité, un décollement placentaire ne se résorbe pas de lui-même, c'est l'utérus qui en grandissant au fur et à mesure de la grossesse "occupe" la place et recolle le placenta à la paroi). On m'informe qu'étant donné la taille du décollement, il est très peu probable que cela s'améliore, que ce serait déjà une grande victoire d'arrêter la progression. Je comprend très vite que je vais continuer de marcher sur un fil, comme une équilibriste, jusqu'à la fin de ma grossesse, les choses n'iront jamais mieux, elles seront toujours aussi risquées, je dois me faire à cette idée.

 

La gynécologue en chef du service entre dans ma chambre pour nous expliquer les choses plus en détail. J'ai un utérus contractile, cela signifie qu'il se contracte souvent, trop, dès qu'il est un tout petit peu sollicité. C'est très probablement ça qui a causé ce décollement. La gynécologue m'informe que je ne dois plus toucher mon ventre, car ils se sont rendu compte que je contractais à chaque échographie, au contact de la sonde, le contact est donc proscrit. Bien évidemment, elle m'informe que tout rapport avec Jérémy est interdit jusqu'à mon terme, ça solliciterait bien trop l'utérus. La route, la marche, le stress, une vessie pleine, une constipation, tout ceci provoquerait des contractions, contractions qui risqueraient de faire céder mon placenta. La situation est donc très critique, quand elle me dresse cette liste je prend soudainement peur, j'ai l'impression que toutes les cartes sont dans mes mains, que je peux commettre une irréparable erreur à tout instant, sans le faire exprès, j'ose à peine respirer, tout m'effraie.

 

Elle nous informe qu'elle est obligé d'envisager le pire plutôt que le meilleur, qu'elle veut que nous y soyons préparés (peut-on vraiment se préparer à perdre son enfant?) que son rôle n'est pas d’être gentille ou agréable, qu'elle doit voir les choses en terme de statistiques, de chiffres, et que les chiffres ne sont pas de mon coté pour l'instant. Elle nous dit que nous devons envisager cette possibilité, que nous devons en parler. Elle m'informe qu'un anesthésiste va passer dans la journée, pour parler de péridurale, si je venais à accoucher dans les jours à venir.. "Même si votre bébé est décédé, l'accouchement n'en sera pas moins douloureux, et vous n'aurez pas envie de souffrir physiquement en plus de la douleur psychologique que cela implique déjà, je pense que vous devriez accepter une péridurale" elle a raison, je signerai l'accord pour la péridurale l'après-midi même. 

 

Elle nous dit que très souvent, trop en colère et tristes, les parents ne veulent pas voir leur enfant, mais qu'ils prendront quand même une photographie et ses empreintes au cas ou nous changions d'avis dans plusieurs mois. Que parfois, cela aide à faire le deuil, elle a sans doute raison.

 

Elle termine par un "j'espère que je me trompe, j'espère qu'au printemps je vous aidera à accoucher d'un beau bébé en parfaite santé, je vous promet que ce jour-la vous aurez le droit de m'insulter pour tous ces moments douloureux que je vous ai fait traverser, mais pour l'instant, avançons pas après pas, sans s'emballer, il vaut mieux une agréable surprise qu'une grande déception" je comprend bien, elle a raison de fonctionner de cette façon.

 

Le lendemain, le 31 décembre, je me réveille à 07:00 et je fond en larme en regardant sur mon téléphone le jour que nous sommes. Aujourd'hui c'est l'anniversaire de Jérémy, ses 25 ans, et nous sommes la, je n'ai pas de cadeaux à lui offrir, je lui fait sans doute passer le pire anniversaire de toute son existence. Il me console en essayant de me faire rire, me secoue un peu "heho, qu'est-ce qu'on s'en tape de mon anniversaire ! C'est vraiment le dernier de mes soucis !" mais non, je ne suis pas d'accord. C'est l'homme que j'aime, ce jour est important, et son anniversaire c'est quelque chose de "normal" c'est ce qui me rattache à ma vie "normale", ne pas le fêter voudrait dire que notre vie est définitivement devenu triste, qu'elle a réellement basculé, je refuse. J'attend qu'il sorte de la pièce pour appeler notre meilleur ami "J'ai besoin de toi, est-ce que tu peux aller chercher un article que je t'envoi en photo au centre commercial, l'emballer et l'amener ici? " il me dit qu'il y court tout de suite, il viendra à midi. J'appelle ensuite mon frère (qui est le meilleur ami de Jérémy) et lui demande s'il peut amener un gâteau (il devait déjà venir me voir à midi). A midi nos amis arrivent, accompagnés  de mon frère, avec des cotillons, des chapeaux pointus, des ballons, des pack de bières, plein de confettis et des trompettes en papier ! Le personnel soignant éclate de rire en les voyant arriver. Ils sont complètement fous.. mais extraordinaires. J'ai tellement de chance de les avoir. On passe une journée géniale, j'oublie presque ce que je fais ici, notre vie est normale, elle continuera d'être normale, rien ne doit changer. Jérémy est très ému, nous le sommes tous.

 

 Le soir-même je force à Jérémy à aller boire un coup à la fête ou nous devions être pour fêter cette nouvelle année, après plusieurs refus et face à mon insistance, il accepte, il n'y passera qu'une heure, mais ça me fait du bien de le savoir la-bas, à se changer les idées. Quand il rentre, il se passe quelque chose d'incroyable, je sens notre bébé bouger, j'ai senti un coup, puis un deuxième ! Je pose ma main sur mon ventre, mais je la retire aussitôt, il ne faut pas, c'est trop risqué, qu'est-ce que c'est dur de se retenir.. On le voit bouger, Jérémy le voit et est aussi ému que moi. Ce petit coup me rassure, il me donne beaucoup de force, rien n'est perdu, il est la, on va continuer d'y croire, encore et encore. On dirait qu'il essaie de nous réconforter en nous disant "Heho papa et maman, regardez, séchez vos larmes, je suis la, coucou !" lui n'est pas conscient de tout ça, et heureusement, il se développe juste, comme si de rien n'était, la vie se faufile, elle trouve toujours son chemin, envers et contre tout.

 

Jérémy est en congés jusqu’au 7 janvier, nous passons donc ces 11 premiers jours ensemble, 24h sur 24, ça rend cela plus facile d’être avec l’homme que j’aime, je ne suis pas chez moi mais j’ai l’impression que nous sommes juste en « vacance » quelque part, tous les deux. Le dimanche 7 janvier au soir, Jérémy rentre à la maison, il reprend le travail le lendemain, il viendra me voir tous les soirs, mais je vais devoir passer mes journées entières seules, dans cette chambre. Il m’a amené des livres, notre iPad, mon ordinateur, mais je sens déjà que le temps va être éternellement long.


Quand il quitte l’hôpital ce dimanche soir je n’ai presque pas la force de lui dire aurevoir, nous sommes très fusionnels, depuis que nous nous sommes mis ensemble le 27 avril 2012 nous n’avons passé que de très rares nuits l’un sans l’autre, et certainement pas en période difficile. Il me serre dans ses bras, m’embrasse, colle son front au mien « je veux pas te laisser, je m’en veux tellement » il n’a aucune raison de s’en vouloir, je lui explique que c’est moi qui suis hospitalisée, pas lui, qu’il doit continuer sa petite vie, son travail, s’occuper de notre chien, continuer la chambre d’Aaron que nous avions commencé, bref : que la vie continue, malgré que je sois ici !


C’est dur pour lui ce soir-la, et ça n’ira jamais mieux, chaque soir c’est un déchirement quand il m’envoie un dernier bisou depuis la porte, je le vois bien, il pleure déjà, n’arrive pas a dire aurevoir, revient m’embrasser 4 ou 5 fois, parfois même après avoir fermé la porte, quand je le crois parti « un dernier bisou mon coeur, allez j’y vais ! » moi j’essaie de retenir mes larmes, je ne veux pas le faire culpabiliser. Parfois je m’installe sur le fauteuil du balcon pour le voir partir en bas, je le vois rejoindre sa voiture, en essuyant ses larmes, ça me brise le coeur, j’ai l’impression d’être responsable de toute sa peine, je l’aime tellement, il est ma moitié, mon tout, mon identique, mon meilleur ami qui sait me faire mourir de rire pour me remonter le moral, et à la foi mon compagnon, avec qui je pourrai affronter le monde entier, quand je le vois souffrir c’est un vrai déchirement, à chaque fois.



Écrire commentaire

Commentaires: 23
  • #1

    piwi (dimanche, 08 juillet 2018 22:14)

    Je n'est pas de mots tellement ton article et intenses en émotions , sa ma bouleversée a en pleurer car je sais ce que sa fait de se separer de l'homme que l'on aime si intensément et c'est si dure. Tu es quelqu'un de forte et superbe ���

  • #2

    Lea (dimanche, 08 juillet 2018 22:15)

    Très jolie témoignage .

  • #3

    Laure (dimanche, 08 juillet 2018 22:17)

    Tellement triste mais tellement bien écrit.
    J'adore te lire.
    Vous avez vraiment été très courageux tous les 2 mais ça vaut tellement le coup quand on voit votre petite merveille maintenant �

  • #4

    Amélie (dimanche, 08 juillet 2018 22:18)

    Très touchant :)
    Je me suis reconnu à plusieurs reprises dans ton texte.
    En tout cas j adore te lire et c'est super courageux de partager ton histoire ;)

  • #5

    Marine (dimanche, 08 juillet 2018 22:23)

    Très touchant...
    Les larmes aux yeux a la fin...

  • #6

    Laurine (dimanche, 08 juillet 2018 22:27)

    Magnifique texte. C’est très touchant.

  • #7

    Nouchka (dimanche, 08 juillet 2018 22:27)

    Texte très émouvant j'aime énormément tes articles suivre ton histoire
    Merci de la partager

  • #8

    Oceane (dimanche, 08 juillet 2018 22:30)

    J'en es encore eu les larmes aux yeux � trop touchant !

  • #9

    Jade (dimanche, 08 juillet 2018 22:31)

    Ton article m'a emue �

  • #10

    Odélia (dimanche, 08 juillet 2018 22:31)

    Ca me bouleverse toujours autant de te lire...

  • #11

    Juliana (dimanche, 08 juillet 2018 22:36)

    Tu as un don pour l'écriture!! Je suis heureuse que tout ce soit bien terminé pour vous!!

  • #12

    Kitty (dimanche, 08 juillet 2018 22:38)

    C'est juste magnifique, ton histoire est troublante mais vu comme tu l'écris c'est super. Tu nous embarque avec toi. Félicitations à vous trois.

  • #13

    Célia (dimanche, 08 juillet 2018 22:39)

    Très émouvant je te suis depuit le debut car notre terme été prévu le meme jour ... On voit bocoup d'amour dans tes messages tes photos je trouve sa telment beau vous ette une tres belle famille .. que dieux vous protège.

  • #14

    Aline (dimanche, 08 juillet 2018 22:58)

    Je vien de tout lire. Ta était très courageuse. Tes texte sont beau.

  • #15

    Amy (dimanche, 08 juillet 2018 23:08)

    Tu es une personne incroyable ❤️

  • #16

    Heloise (lundi, 09 juillet 2018 06:46)

    Magnifique article comme quoi sans nos hommes je suis pas sure qu on aurait pu se battre !

  • #17

    Marion (lundi, 09 juillet 2018 09:29)

    Toujours aussi beau. A m'en mettre les larmes au yeux�

  • #18

    Marina (lundi, 09 juillet 2018 11:39)

    J'attends chacuns de tes nouveau articles comme une enfant à Noël, votre parcours est tellement beau, votre force si grande, on sent qu'à vous deux vous êtes plus fort, plus solide et tellement fusionnel.

    C'est une histoire qui vous rend plus fort chaques jours que la vie vous offre, c'est une histoire triste, belle, émouvante et perturbante à la fois, on se met facilement dans ta peau de futur maman perdu et effrayé , dans la peau d'un papa angoissé et tellement aimant, et d'un futur petit être si innocent.

    Je suis tellement heureuse pour vous 3 trois que cette histoire se termine si bien malgré tout ces obstacles et ces difficultés.

    J'attends avec impatience la suite de tes récits.

  • #19

    lea (lundi, 09 juillet 2018 13:38)

    très touchant. j'ai lâcher ma ptite larme. tu écris et raconte tt sa tellement bien. vite la suite j adore te lire.

  • #20

    Alexanne (mercredi, 11 juillet 2018 07:16)

    Je n'ai pas les mots.. En te lisant j'ai versé mes larmes, ton articles m'a bouleversé et touché..
    Tu as été très forte sur ces moments là de ta vie et je te félicite ainsi qu'à ton conjoint.
    J'attends ton prochain article avec impatience �

  • #21

    Princessita (mercredi, 11 juillet 2018 10:55)

    Trop beau ❤️

  • #22

    Illari (mercredi, 11 juillet 2018 15:48)

    Je te suis sur wemoms et sur insta.. chacun de tes écrit me boulverse le coeur ! Tu es vous êtes tellement courageux! J ai également eu un utérus contractil j ai souffert mais chance pour moi à agit sur le col cas partir de 35sa !!! J adore tellement te lire !! Bravo pour tes écrit ton parcours ta vie !! J ai hâte de te lire encore

  • #23

    Karine (lundi, 16 juillet 2018 09:59)

    Tes articles sont si bien écrits. On l'impression d'y être aussi. Je suis impatiente de lire la suite, j'ai cru comprendre que la suite était heureuse malgré sûrement des moments plus que difficiles.